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Le réchauffement climatique en Alsace, moins spectaculaire qu’ailleurs, n’en est pas moins visible

Une nouvelle marche pour le climat est prévue ce samedi 2 octobre à Strasbourg. Même si en Alsace le réchauffement climatique est moins impressionnant que dans d’autres régions, son impact est tout aussi réel. Décryptage.

En Alsace, il n’y a pas vraiment de phénomènes spectaculaires liés au changement climatique. Même si, ici comme ailleurs, le mercure grimpe de façon inédite depuis ces dernières décennies, et modifie le fragile équilibre de la biodiversité. Mais les Alsaciens ne s’en rendent pas forcément compte au quotidien.

Lors de ses premières actions de sensibilisation auprès du grand public, Yves Hauss, responsable Etudes et climatologie à Météo France Nord Est, avait lui aussi commencé par parler “des pauvres ours blancs et des banquises qui fondent” et, plus tard, des feux de forêt. Mais il a rapidement eu le sentiment de donner l’impression que le réchauffement climatique, “ça se passait ailleurs.”

Ce constat l’a “motivé à faire du local.” Et à chercher dans les courbes et les graphiques qui décrivent l’évolution de la météo alsacienne sur près d’un siècle des éléments permettant de faire œuvre de pédagogie. Afin que chacun comprenne bien que le réchauffement climatique et ses conséquences, “ce n’est pas juste à l’autre bout du monde. Mais aussi ici et maintenant.”     

Des analyses éloquentes

Et les chiffres qu’il avance parlent d’eux-mêmes : 20 jours à plus de 30° à Entzheim (Bas-Rhin) en 2018, contre 6 en 1951. 35 journées caniculaire à Strasbourg (plus de 34° le jour et plus de 19° la nuit) de 2015 à 2019, contre 3 entre 1925 et 1929.

Le réchauffement climatique, ce n’est pas juste à l’autre bout du monde. C’est aussi ici et maintenant.

Yves Hauss, météorologue

Très parlants, aussi, les mois de records de froid ou de chaud : “on constate que le dernier record de froid (à Entzheim) remonte à juillet 1980”, c’est-à-dire il y a plus de quarante ans. “Alors que tous les mois de records de chaleur – ou de douceur -, c’est après 1995.” Et en avril 2007, Entzheim atteignait une moyenne mensuelle de 14,5°, température qu’on trouve d’ordinaire à cette époque à… Alger.      

Mais pour réellement calculer le réchauffement climatique, les météorologues se servent de ce qu’ils appellent les “normales” : les moyennes des températures annuelles, observées sur 30 ans. Et là, l’évolution est sans appel : de 1921 à 1950, à Strasbourg, la température moyenne annuelle est de 9,93°. “Entre 1950 et 1990, ça n’a pas vraiment bougé”, mais ensuite, tout s’accélère, pour atteindre une moyenne annuelle de 11,46° en 2020. Rien que ces vingt dernières années, la capitale alsacienne a gagné 1°. Et aujourd’hui, ses températures normales dépassent celles que connaissait Lyon au milieu du XXe siècle.  

Les vendanges, toujours plus précoces en Alsace

© David Marcelin / France télévisions

De son côté, le site Climat HD de météo-France, qui donne des informations détaillées sur l’évolution climatique de chacune des régions françaises, résume la situation alsacienne en quelques points : “hausse des températures moyennes d’environ 0,3° par décennie sur la période 1959-2009”, “accentuation du réchauffement depuis les années 1980” et “réchauffement marqué en hiver, au printemps et en été”.

L’évolution climatique perturbe la biodiversité

Nos voisins helvètes, qui observent davantage la nature à la loupe, ont étudié l’influence du réchauffement sur les plantes. Et constaté que leurs anémones actuelles ont 20 jours d’avance par rapport à celles de 1951, et que les aiguilles de leurs mélèzes poussent 33 jours plus tôt qu’en 1958.

En Alsace, comme ailleurs en France, on sait plutôt que les dates des vendanges avancent au fil des ans. Le riesling était récolté vers le 10 octobre à la fin des années 1950. En 2015, il l’a été dès le 19 septembre. En outre, le degré d’alcool des vins augmente, puisqu’avec une période de maturation plus précoce, les raisins accumulent davantage de sucre durant les semaines les plus chaudes de l’été, alors qu’auparavant, ce phénomène se déroulait en septembre.

“Le réchauffement climatique a contribué au fait que les vins alsaciens deviennent meilleurs” reconnaît Yves Hauss. “Il y a 30 ans, ils étaient plus acides.” Mais, revers de la médaille, les températures en constante augmentation risquent de nuire à certains cépages, comme le sylvaner et le riesling, plus sensibles aux grosses chaleurs. 

Le grand tétras, victime collatérale du réchauffement climatique ?

© Philippe Clément / MaxPPP

Les arbres, eux, sont de plus en plus fragiles face aux maladies et aux parasites, car les sécheresses et les canicules les affaiblissent. Mais prévoir quelles essences planter devient un véritable casse-tête pour les forestiers. Car eux doivent planifier sur le très long terme, à 50, 100, voire 150 ans. Or, à cette échelle de temps, nul ne sait véritablement de combien de degrés le thermomètre aura encore grimpé, et quels arbres seraient les mieux adaptés.

Le réchauffement climatique pourrait même être la cause – indirecte – du risque de disparition du grand tétras en Alsace. Cette espèce pourtant protégée a vu sa population diminuer drastiquement en cinq ans. Et certains spécialistes en viennent à accuser la hausse des températures. Car qui dit chaleur dit prolifération de petits rongeurs. Et donc augmentation de leurs prédateurs, dont le renard, qui ne refuse pas de s’octroyer un grand tétras s’il croise son chemin.

Que craindre en Alsace dans les années à venir ?                                 

Pour faire face au réchauffement climatique, “l’Alsace n’est pas la plus mal lotie” reconnaît Yves Hauss. Nous avons une nappe phréatique, “la deuxième plus grande d’Europe”, et donc encore de l’eau pour longtemps. Notre relief et notre situation géographique font que “ce n’est pas chez nous que les effets directs seront les pires. Le pourtour méditerranéen est bien plus impacté” par de graves sécheresses et des feux de forêt.

Il y aura vraisemblablement d’autres problèmes, comme des crues du Rhin fortement perturbées. En effet, traditionnellement, “le Rhin est régulé par les neiges des Alpes.” S’il neige beaucoup en hiver, ce type de précipitations ne vont pas s’écouler tout de suite, “car la neige joue un rôle d’éponge.” Mais avec le réchauffement climatique, il y a de moins en moins de neige. Les pluies d’hiver “vont donc immédiatement alimenter les cours d’eau, et l’eau montera bien plus brusquement.”

Face au réchauffement climatique, l’Alsace n’est pas la plus mal lotie.

Yves Hauss, météorologue

Pourtant, confrontés au changement climatique, nous Alsaciens “ne sommes pas les plus défavorisés, loin de là” estime le météorologue. “Mais nous sommes tous concernés.” Car selon le scénario le plus optimiste, l’Alsace de 2100 connaîtra entre 1,7° et 2,2° de plus qu’au début du XXIe siècle. Et sans réelle politique climatique, ce réchauffement pourrait grimper à près de 5°, et de 3° dès 2050.

Ruisseau vosgien gonflé par les pluies d’hiver – février 2021

© Nathalie Broutin / MaxPPP

Pour éviter cette hypothèse la plus pessimiste, l’effort cumulé de tous, particuliers, entreprises et collectivités, est indispensable, selon Yves Hauss. Même s’il se réjouit de la mobilisation des jeunes, des nouvelles mesures prises à l’échelon européen, et observe avec satisfaction que “la majorité de notre société est sensibilisée et motivée pour faire quelque chose.”

Une lutte de très longue haleine

Cependant, il tient à le rappeler, “les gens devront faire des efforts dans les décennies à venir” sans que cela améliore véritablement leur quotidien. “C’est juste pour que cela n’empire pas.”

En effet, s’il suffit d’arrêter la cause d’une pollution pour la voir diminuer (on a pu le constater durant le premier confinement), pour les problèmes liés aux gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, c’est une autre histoire. Car “une fois émis, ces gaz restent dans l’atmosphère durant près d’un siècle, avant d’être refixés par les arbres.” Mais cette longue patience sera le prix à payer pour une vie digne des futures générations. En Alsace, et ailleurs.

Et dans l’immédiat, après celle du 9 mai dernier, qui avait rassemblé 1.500 personnes, une nouvelle marche pour le climat est prévue ce samedi 2 octobre dans la capitale alsacienne. Elle marquera l’un des temps forts du festival Climat, qui se tiendra place de l’Université à Strasbourg, du 1er au 3 octobre. C’est-à-dire quelques semaines à peine avant la COP26, organisée du 1er au 12 novembre prochain à Glasgow, en Ecosse.

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