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dimanche, octobre 17, 2021

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Les vins du Languedoc dans la cour des grands

En trente ans, le Languedoc s’est totalement métamorphosé, passant d’une production de masse, peu qualitative, à un vignoble structuré proposant des vins capables de rivaliser avec ceux des autres appellations de France. Une mutation qui s’est parfois réalisée à marche forcée, provoquant inévitablement quelques frictions. La dernière en date concerne l’élection mouvementée de Christophe Bousquet, vigneron reconnu du Château Pech Redon, dans le massif de la Clape, à la tête du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL). A cette occasion, certains présidents d’appellation ont préféré quitter la salle lors de l’assemblée générale plutôt que d’entériner le scrutin, sur fond de discorde entre négoce et producteurs. 

Pourtant, si le Languedoc a connu cette progression fulgurante en un temps record, c’est bien grâce à l’émergence d’une nouvelle génération de négociants comme Jean-Claude Mas, Gérard Bertrand, les Jamelles, ou encore Calmel & Joseph, ainsi qu’à l’arrivée de vignerons talentueux qui, par leurs efforts conjoints, ont tout d’abord lancé une restructuration drastique du vignoble, passé de 450 000 hectares à un peu moins de 220 000. “Le travail d’adaptation des terroirs au cépage n’est toutefois pas encore terminé. Vous avez encore beaucoup de terres qui produisent des raisins de qualité médiocre”, estime Jean-Claude Mas, fondateur des Domaines Paul Mas. C’est en 2000 qu’il récupère la vigne de son père, “à peine 7 hectares aptes à faire du bon vin”, se souvient-il. Sans grands moyens, il commence par se lancer dans le négoce pour pouvoir augmenter sa production. “J’ai découvert à cette occasion de nombreuses appellations, car mes achats se faisaient sur tout le Languedoc. J’ai commencé par prospecter autour de Limoux, car la demande était très importante sur le blanc.” Parallèlement, celui qui est souvent décrit comme l’un des pionniers du “nouveau Languedoc” rachète de nombreux domaines, avec une stratégie claire : “Les 850 hectares de mon vignoble, dont 20 % sont cultivés en bio, sont centrés sur les crus, tandis que mon activité de négoce concerne avant tout les vins de cépage.”  

Une entrée par cépage ou par appellation

Car c’est là la grande force du Languedoc : pouvoir proposer plusieurs portes d’entrée au consommateur : “On peut découvrir les vins de notre région soit par le cépage, soit par l’appellation, soit par la marque”, se félicite Pierre Bories, vigneron à la tête du Château Ollieux Romanis et du Champ des Murailles, en Corbières, et artisan du renouveau de l’appellation. “Cette offre complète a permis d’intéresser une nouvelle génération d’amateurs, beaucoup plus jeunes”, poursuit-il. Un constat que partage Christophe Bousquet. “Le Languedoc se porte très bien, grâce au travail de hiérarchisation et à la reconnaissance de nombreuses AOC. A tel point que beaucoup de néovignerons et d’investisseurs viennent s’installer chez nous. Prenez l’exemple de l’appellation terrasses-du-larzac : son dynamisme a fait que, en dix ans, elle est passée de 40 à 100 domaines !” 

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Sans conteste, le Languedoc fait rêver, fort de ses 23 appellations produisant des vins au caractère bien trempé, tels limoux et ses grands chardonnays ou ses vins effervescents, picpoul-de-pinet et ses blancs toniques, idéaux pour accompagner les huîtres de Bouzigues, pic-saint-loup et ses rouges fins et structurés, la-clape et ses vins de presqu’île (pointe saline), terrasses-du-larzac, ou encore minervois-la-livinière, corbières-boutenac…  

C’est aussi la région la plus respectueuse de l’environnement. Les vignobles en agriculture biologique représentent 29 % des superficies bio de France. Gérard Bertrand cultive ainsi en biodynamie les 1 000 hectares de ses 16 domaines, et Pierre Bories vient de convertir en bio la totalité de ses 140 hectares. Certes, mener la vigne selon ces principes est plus aisé dans le Languedoc qu’à Bordeaux, au climat océanique, mais la volonté de préserver les terroirs est une réalité partagée par de très nombreux vignerons. Certains d’entre eux ont même, parfois depuis longtemps, opté pour une approche “naturelle”, c’est-à-dire sans intrants dans le vin (ni levures exogènes, ni sulfites ajoutés, ni autres additifs, le tout provenant de raisins issus de la viticulture bio). A l’instar des quilles des Domaines Léon Barral, Mylène Bru, Ledogar, Jean-Baptiste Sénat, de Rémi Poujol, de Yannick Pelletier, de Maxime Magnon, ou celles de plus gros producteurs, comme Pierre Bories, qui vinifie de plus en plus de vins de ses propriétés selon les schémas “naturels”, et Gérard Bertrand qui propose quelques cuvées de cet acabit. 

Une offre oenotouristique encore insuffisante

“Pour que le Languedoc continue de progresser, il faut que nous soyons capables de bien recevoir nos clients”, souligne Pierre Bories. Une analyse partagée par Jean-Claude Mas, qui a développé la notion de “luxe rural”. “On doit développer l’oenotourisme et l’hospitalité, explique ce dernier. Nous devons être capables de faire partager notre passion sur place. J’ai eu la chance de pouvoir visiter de nombreuses régions viticoles à travers le monde, et il ne faut pas hésiter à s’inspirer de ce qui existe ailleurs.” Depuis quelques années, le vigneron-négociant a développé une offre de séjour au Mas des Tannes, à Montagnac (Hérault), ainsi qu’un restaurant gastronomique et des balades dans les vignes en buggy ou à cheval. Mais les initiatives peinent encore à se développer dans la région. Aussi, fort de ce constat, Pierre Bories est en train de créer un pôle oenotouristique de grande ampleur dans son domaine des Ollieux Romanis, à Montséret (Aude), “un espace de rêve et de détente” pour les visiteurs. Sur le flanc du massif de la Pinada se tient désormais un restaurant à ciel ouvert, la Touketa, qui propose non seulement en dégustation les vins de la propriété, mais aussi une large sélection de vins de copains. Et dès cet hiver devrait s’ouvrir une nouvelle table dans les bâtiments historiques du domaine, ainsi qu’un lieu de séminaire et un rooftop avec vue panoramique sur les vignes. Magique ! 

Parallèlement, le Languedoc peut compter sur ses chefs étoilés pour mettre en avant les vins de la région. Tous jouent le jeu, sans exception, à commencer par Gilles Goujon (3 étoiles) dans son auberge du Vieux Puits, à Fontjoncouse, Lionel Giraud (2 étoiles) à la Maison Saint-Crescent, à Narbonne, ou encore Franck Putelat (2 étoiles) à l’hôtel le Parc à Carcassonne. Peut-on rêver meilleurs ambassadeurs ? 

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Le Languedoc semble donc sur les bons rails pour devenir une appellation phare du mondo vino. “Nous sommes un jeune vignoble, rappelle Christophe Bousquet. Nous avons réalisé en trente ans ce que d’autres ont mis plusieurs siècles à faire. Et notre travail n’est pas terminé. Des demandes d’appellation à part entière sont en cours, telles que grés-de-montpellier, saint-georges-d’orques, montpeyroux et sommières. Tandis que d’autres AOC, qui n’ont obtenu leur reconnaissance que sur une couleur, réfléchissent à l’obtenir sur d’autres, comme terrasses-du-larzac, classée seulement en rouge, qui voudrait bien l’être aussi en blanc.” Et certains n’ont plus de complexe à vendre des cuvées à des prix inimaginables il y a quelques années. “Là aussi, c’est un signe de maturité. Ce n’est plus un exploit de vendre ses vins à plus de 20 euros”, conclut Christophe Bousquet. Et ce n’est pas Gérard Bertrand qui dira le contraire, lui qui a lancé l’an dernier le rosé le plus cher du monde : 190 euros pour son Clos du Temple. Qui dit mieux ?  

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Par Carlo Ratti*

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