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comment la filière Champagne peut-elle s’adapter ?

Les efforts du vignoble champenois en matière environnementale sont significatifs. Mais les pratiques vitivinicoles vont devoir encore évoluer pour s’adapter à un nouveau climat. Entretien avec Arnaud Descôtes, directeur qualité et développement durable au sein du Comité Champagne.

“Il faut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge.” Cette citation de Churchill semble bien résumer l’action du Comité Champagne face au dérèglement climatique. L’organisme interprofessionnel s’intéresse depuis 30 ans aux travaux publiés par le Giec, le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat. Convaincus de l’urgence, les membres de ce comité mettent déjà en place les solutions de demain. 

France 3 Champagne-Ardenne a recueilli les propos d’Arnaud Descôtes, le directeur qualité et développement durable au sein du Comité Champagne, à la suite de la publication du rapport du Giec publié le 9 août dernier. Ce dernier présente cinq scénarios pour illustrer comment les émissions de gaz à effet de serre peuvent évoluer durant le siècle. La température augmenterait d’au moins de 1,5 degrés d’ici vingt ans.

 

France 3 Champagne-Ardenne : Comment réagissez-vous aux rapports du Giec ?

Arnaud Descôtes : Suite aux premiers travaux du Giec en 1990, nous avons mis en place en Champagne deux plans d’action au début des années 2000.

  • un plan d’atténuation, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
  • un plan d’adaptation au changement climatique. L’objectif est de concevoir des nouvelles méthodes pour conserver les spécificités du vin de Champagne.

On les poursuit et on les amplifie. Nous avons même élaboré un plan carbone 2, dont l’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 25 % en 2025. Le but, à terme, est la neutralité carbone à l’horizon 2050. Un challenge énorme.

 

Qu’avez-vous constaté depuis une trentaine d’années ?

On constate une élévation des températures moyennes. La vigne démarre et fleurit plus tôt au printemps. Les raisins sont également verts plus tôt. Nous récoltons pratiquement trois semaines en avance par rapport à il y a 30 ans. Nous avons les yeux rivés sur trois indices bioclimatiques :

  • l’indice d’Huglin, un indice de chaleur bioclimatique spécifique aux vignobles. En trois décennies, nous sommes passés d’une région très fraîche à une région fraîche puis à une région tempérée.
  • l’indice de fraîcheur des nuits. Cette mesure est importante car des nuits fraîches sont favorables à une expression aromatique plus intense. Cet indicateur n’est pas alarmant dans notre région, car il évolue très lentement.
  • l’indice de sécheresse. On a eu des alertes assez sérieuses sur les trois millésimes précédents, avec des séquences très sèches qui se sont bien terminées.

 

Est-ce que cela vous inquiète ?

Notre boîte à outils technique est bien remplie pour pouvoir nous adapter à l’horizon 2040/2050. On n’a pas d’inquiétude majeure sur la culture de la vigne, l’élaboration des vins et la spécificité des vins de Champagne. En 2020, on a eu la même température qu’à Montpellier il y a 30 ans, et on a fait un très beau millésime. Ce qui est rassurant.

 

Et à plus long terme ?

Il faut se préparer à adapter nos techniques à un climat qui va changer très significativement. Il évolue, les pratiques vitivinicoles aussi. L’invariant, c’est le terroir. C’est ce qui fait de la Champagne, la Champagne. Aujourd’hui, notre job consiste à faire évoluer les pratiques vitivinicoles en faisant de la recherche.

 

Vers quoi axez-vous vos recherches ?

On a déjà mis en place des programmes de recherche pour essayer de s’adapter à un climat plus contraint, plus chaud. Par exemple :

  • les vignes semi-larges. Ce sont des vignes plus hautes. Elles permettent une meilleure économie de l’eau, mais cela va prendre des décennies à les implanter.  
  • de nouvelles variétés. On veut obtenir des variétés résistantes naturellement aux principaux maux de la vigne (mildiou et oïdium) et plus adaptées au changement climatique.

C’est un travail de longue haleine. Entre le moment où nous créons la nouvelle variété par hybridation et le moment où nous pouvons espérer la développer, il faut au minimum 15 ans. Aujourd’hui, nous disposons de 350 nouvelles variétés en observation. Autant de chances de pouvoir faire face à la hausse des températures.

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