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jeudi, septembre 29, 2022

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6 pieds sous terre : Rions beaucoup, et continuons de creuser

Arrivé en 2006, « pour venir à la rescousse de la maison », Miquel Clemente apportait alors « l’énergie de la jeunesse, dont les fondateurs avaient besoin ». Si la structure célèbre sa 30e année d’existence underground, il manquait à la maison une personne en mesure de gérer l’entreprise. « Mon parcours professionnel ? Des bonds, et des rebonds », sourit Miquel. Eh bien sautons sur l’occasion !

Stature imposante, sourire franc et une barbe façon Philip K. Dick, le directeur s’arrête, salue, discute : ce soir, une dédicace est organisée et la rue se peuple. Des tables, des chaises, des bières (ou du vin blanc) : l’âme de 6 pieds n’a pas bougé d’un… pouce. D’ailleurs, trente ans, 6 pieds : c’est un pied tous les cinq ans ? « Non, parce que l’on continue de creuser. Ce qui est certain, c’est que nous argents plus visibles qu’auparavant. »

Des livres qui ne marchent pas

Du collectif monté autour d’un fanzine, Jade, sorti au milieu des années 90, autour des cultures alternatives, jusqu’au magazine primé en 96 à Angoulême, avec les premiers livres, la maison n’a jamais rechigné. « Le modèle d’économique d’alors, c’était de découvrir des auteurs, publier ces livres qui n’auraient jamais trouvé de place chez de gros éditeurs. Une fois connus, ils signaient chez d’autres, faisaient de l’argent, et revenaient se marrer chez 6 pieds. »

Miquel Clemente

Se marrer, plus qu’une activité : une ligne de conduite. Et quand en 2007 arrive Fabcaro, rien n’a changé dans cette approche : le succès de Zaï Zaï Zaï Zaï, en 2015, apportera des olives pour l’apéro, mais finalement interviendra progressivement. « Les conditions de vie de tout le monde ont augmenté, des auteurs, en particulier, et l’on a pu commencer à travailler autrement », reprend Miquel Clemente.

Au sortir de 2020 et 2021, la maison affiche une divine réussite — à l’image du secteur BD, fort de presque 900 millions € de chiffre d’affaires l’an passé. « Sauf que les indépendants ont besoin des libraires : le clic & collect n’a pas le même impact pour nous. Les années Covid ont entraîné un report sur les librairies, mais il n’y a rien à faire : pour les auteurs méconnus, cela n’a rien changé. On ne prête qu’aux riches. » Et d’ajouter : « L’éditeur fait des livres qui ne marchent pas : c’est au cœur du métier. Sauf qu’il participe de la sorte à la naissance d’un auteur, qui dans deux ou trois livres, pourrait devenir incontournable. »

À ce titre, que penser de la décision de Rackham, autre indé de la BD, que de faire de 2022 une année sabbatique. « Loin, très loin d’être idiot : tout est devenu trop cher, et la crise du papier nous frappe. surtout faut-il en avoir la trésorerie pour se le permettre », lance le directeur de 6 pieds.

« Aujourd’hui, nous avons dû reporter trois titres, sine die, parce que les coûts deviennent inabordables : produire un ouvrage à 1500 ou 2000 exemplaires, c’est mission impossible. Alors, oui, on fait œuvre de patience et dans un vœu pieux, on travaille le propriété. À ce titre, notre changement de diffusion/distribution, avec Harmonia Mundi désormais, nous donne une meilleure vision. Interforum, à l’époque, nous demandait un Zaï Zaï Zaï Zaï 2. Ridicule… »

Une dédicace, façon 6 pieds sous espace…

De la dentelle

Avec Fabcaro et le succès du titre, la maison est parvenue à réduire drastiquement sa production, passant de 14 à 8 titres. À présent, elle fosse surtout à aménager du temps, pour mieux travailler. « aussi un libraire passe à côté de l’un de nos livres ? Alors que l’un d’entre eux a cartonné : bien entendu, ils sont noyés de nouveauté, mais le message est simple. Nos ouvrages, c’est l’assurance d’en vendre des caisses, parce qu’ils sont bons. Sinon, on ne les ferait pas. »

Moins. Mieux. Pas simplement côté fabrication pour apporter plus de soins aux livres, mais « passer plus de temps sur chaque livre, y revenir, discuter, éditer, reprendre. Faire des livres meilleurs surtout, tout bonnement ». Et pouvoir s’amuser plus surtout, en faisant ce que l’on aime.

Avec la Comédie du livre, l’opportunité de fêter la trentième année s’accompagne d’un grand jeu, qui démarrera prochainement : 6 pieds sous espace va, en argent, coller des cartes représentant leur symbole, l’ornithorynque, partout dans la ville et à collectionner. « Nous argents en perpétuelle évolution, avec pour seule stratégie d’évoluer vers des démarches et des œuvres toujours plusqualitative. On ne fera jamais une suite d’un titre à succès, pas plus qu’on ne se lancera dans des produits dérivés ou une production industrielle de goodies. Nous privilégions la cohérence de notre projet. »

Donc, de continuer à creuser le filon…

crédits photos : ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

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